La modification du système des retraites proposée par le Parti est une réforme ambitieuse qui vise à se débarrasser une bonne fois pour toutes du serpent de mer que constitue ce sujet. Les conséquences de cette réforme seraient profondes sur le plan socio-économique et changeraient durablement le paysage politique français.

Le système de répartition actuel, mis en place en 1941 par le régime de Vichy, consiste à prélever les actifs pour financer les pensions des retraités. C’est un système qui est d’une part profondément inefficace et qui engendre une perte d’argent massive à chaque transaction, et, d’autre part, il requiert une croissance infinie de la population pour compenser l’augmentation de l’espérance de vie. La pyramide de Ponzi devient alors évidente : la baisse de natalité que l’on connaît actuellement mènera mathématiquement à l’effondrement de ce système. Toute tentative pour retarder l’inévitable, comme repousser l’âge de départ ou le recours massif à l’immigration, finira elle-même par s’essouffler.

La situation est d’autant plus ironique que la plupart des pays de l’OCDE appliquent un système de retraite par capitalisation qui est résilient aux changements démographiques et garantit une rente considérablement plus élevée qu’en France, éliminant par la même occasion la pauvreté des personnes âgées. La comparaison est sans appel : 1 euro investi dans un système par répartition en fait gagner 1,9 sur le long terme contre 21 dans un système par capitalisation. A l’échelle d’un patrimoine accumulé pendant une carrière, cette différence est moins marquée, mais la somme du système par capitalisation reste tout de même 4 à 5 fois plus élevée que celle obtenue par répartition. Si la retraite par capitalisation règle tous les problèmes de sa contrepartie par répartition, elle reste sujette aux variations du marché et un crash boursier pourrait tout à fait plonger du jour au lendemain plusieurs générations entières dans la misère.

Un modèle mixte, inspiré de l’exemple suédois, devient alors la solution à prioriser. On peut alors imaginer le système suivant. Chaque mois, le travailleur est obligé de verser un pourcentage minimal de son salaire, disons 15 %, vers un fond de pension. Le fond de pension par défaut serait un fond public, calqué sur l’AP7 suédois. Ce fonds public aura un coût d’entretien peu onéreux, de l’ordre de 0,1% du capital accumulé par an et ne ferait que des opérations à faible risque comme des achats d’obligations d’État ou d’entreprises. L’AP7 est arrivé à dégager un rendement de 11 % par an en moyenne entre 2010 et 2020. Une fois que le capital du travailleur aurait atteint un certain seuil qui lui permettrait de vivre décemment, il pourra décider ou non d’investir sa cotisation mensuelle dans un fond privé avec des dividendes beaucoup plus alléchants mais également plus à risque et au coût d’entretien plus élevé. En cas de crash du marché, le travailleur pourra toujours se reposer sur son fonds public qui est protégé des aléas financiers. C’est avec ce système que la Suède a pu faire face au vieillissement de sa population et au coût de son ancien système par répartition qui était insoutenable au long terme.

Si on devait dresser quelques exemples, un travailleur gagnant 2100 euros net par mois, soit le salaire médian, recevrait à la fin de 42 années de travail un capital de 310 000 euros avec un fond public à 3 % par an, ce qui est très médiocre. Il pourrait ainsi vivre pendant 20 ans avec 1300 euros par mois. Cette somme monte à 2130 euros par mois avec un rendement plus réaliste de 5% et à plus de 11 000 euros avec le rendement suédois de 11%, bien qu’il soit très improbable de maintenir un tel niveau pour tous les citoyens pendant des décennies. Pour un rendement à 5 %, un travailleur au SMIC toute sa vie pourra toucher une retraite de 1520 euros par mois et les personnes au-dessus de 4 000 euros, à savoir les 10 % plus riches, bénéficieront d’un confortable 4054 euros mensuel.

Le vrai problème n’est pas tant le système mais sa mise en place. En effet, la génération d’actifs qui vivra la transition devra à la fois capitaliser pour sa propre retraite et financer celle des retraités qui n’ont pas de capital. Cette « dette » qu’il faudra rembourser aux personnes ayant cotisé avant la réforme est estimée à environ 8 500 milliards d’euros et elle ne fera que s’aggraver à mesure que le temps passe et que la transition vers la capitalisation est retardée.